03/07/2015

CHAOS TO COUTURE

When Alexander Wang arrived at Balenciaga, the noble maison de couture, the least we can say is that we had great expectations! Indeed, he followed Nicolas Ghesquière and his collections that are still on everybody's minds whose departure left each and everyone stunned. How could Wang's urban/cool/very New Yorker aesthetics adapt to Balenciaga? And how could he succeed to Ghesquière who transformed the house and to a larger extent, the fashion world while remaining deeply faithful to the codes invented by the Spanish couturier? Alexander Wang's beginnings were beautiful even sumptuous but it was more Alexander than Cristobal. Some even used the hashtag #whenbalenciagawascool to refer to this blessed period when every fashionista used to wear it. Don't be misled, the brand was not becoming obsolete but something was missing, its aura was less flamboyant. More Balenciaga was needed in Wang's creations and less Wang maybe in the Balenciaga clothes. What was necessary was a perfect balance and it was totally useless to be disappointed or despaired because after all, Wang's genius is just as good as Ghesquière's!

Lorsqu'Alexander Wang est arrivé à la tête de la noble maison de couture Balenciaga, succédant ainsi à Nicolas Ghesquière et à ses collections qui sont restées gravées dans les mémoires, le moins que l'on puisse dire c'est qu'on l'attendait au tournant. Comment son esthétique urbaine, cool, très new yorkaise pouvait s'adapter à Balenciaga et surtout comment allait-il pouvoir passer après le génie Ghesquière, celui qui a transformé la maison en une machine à must-haves, celui qui a révolutionné la mode tout en restant très fidèle à l'esthétique et aux codes inventés par le designer espagnol? Les débuts d'Alexander Wang furent beaux voire même souvent somptueux mais on sentait plus Alexander que Cristobal derrière ces créations. Certains allèrent même jusqu'à inventer le hashtag #whenbalenciagawascool pour faire référence à l'époque bénie où Balenciaga était sur toutes les lèvres et sur le dos de toutes les fashionistas. Non pas que la marque était tombée en désuétude, loin de là mais on aurait dit que son aura n'était plus aussi flamboyante. Quelque chose manquait. Il fallait plus de Balenciaga dans les créations de Wang et peut-être un peu moins de Wang dans les vêtements Balenciaga. L'équilibre parfait était dur à trouver mais il ne nous fallait pas désespérer tant le génie de Wang n'a rien à envier à celui de Nicolas Ghesquière.

Then the Autumn Winter 2015/16 came and a brand new chapter of the Wang era could begin. The warm-up had lasted long enough and things could get serious at last! Since the runway show back in March, we have been willing to write about this crucial collection that marked us, intrigued us, fascinated us, disconcerted us, delighted us... We knew the right moment would come, we just had to be patient. And eventually, the perfect moment came with the release of the Steven Klein's ad campaign featuring two of our favourite models Lara Stone & Kate Moss, who are following the steps of some rather unknown models such as Daria Werbowy, Gisele Bündchen or Sasha Pivovarova. In the pictures, the two tantalising blondes are "sniffing around each other", holding each other's hands, looking at each other with a million provocative thoughts, blowing hot and cold, just like the collection actually. This is a disturbing collection that looks classical, chic, perfect for respectable women but what lies underneath is different, more subversive, more scandalous, bolder and above all, much more Balenciaga.

Puis la collection Automne Hiver 2015/16 arriva et un nouveau chapitre de l'ère Wang pouvait commencer à s'écrire. L'échauffement du designer américain avait assez duré, les choses sérieuses devaient commencer. Depuis le défilé en Mars, nous devions écrire sur cette collection qui nous a marqués, intrigués, fascinés, déconcertés, ravis... Les semaines passaient mais la façon d'organiser notre article restait vague, indéfinie. Le bon moment allait venir, il fallait juste être patient. Ce bon moment c'est maintenant et notre intérêt pour cette collection est encore plus grand depuis la mise en ligne de la campagne et des deux mannequins, visages de la marque pour la saison: Kate Moss & Lara Stone, deux de nos mannequins préférées, qui succèdent ainsi à de relatives inconnues comme Daria Werbowy, Gisele Bündchen ou Sasha Pivovarova. Sous l’œil de Steven Klein, les deux blondes incendiaires se tournent autour, se donnent la main, se lancent des regards pleins de sous-entendus pour un résultat qui souffle le chaud et le froid, comme cette collection en fait. Une collection troublante qui a l'air classique, chic, faite pour les femmes respectables mais ce n'est qu'un air, ce qui couve est plus audacieux, plus subversif mais surtout, beaucoup plus Balenciaga.




Indeed, it seems that Alexander Wang has seriously studied the archives to go back to basics, to what made Balenciaga such a reference in fashion. This is what was necessary to stop tongues wagging, all those who were delighted to see that Balenciaga was missing Nicolas Ghesquière. First, Wang has undergone some serious works on the silhouette itself, something deeply recognizable. The Balenciaga silhouette is ovoid with round shapes reminding us of some comforting cocoon. This "egg effect" is even reinforced by the very belted, restrained waists giving us an impression of discipline and deportment. The fabrics he uses are noble, heavy/thick (for instance tweed), couture-like and most are technique ones (Wang's biggest strength). It seems that with this collection, Wang has decided to come closer to the reason why, back in the days, women loved to dress in Balenciaga. At that time, in the 50s, all the elite was wearing his clothes, from actresses to aristoctats, because they loved his unique ability to mix an absolute classicism with modernity. This is exactly what Alexander Wang tries to do with this collection: mixing the Balenciaga codes (radical/pure shapes, luxury fabrics, lady-like silhouettes) with an assumed modernity and even something very Punk (a theme pervading Wang's eponymous collection presented in New York). The colour palette is dark with shades of black, white, grey & some touches of red and here, the details on the clothes are clearly not traditional at all. Here, all the seams are made through staples. There, the collars, pockets and back of dresses are made with large leather belts. Here again, the glitter parts of the clothes that seem to be made with sequins are in fact entirely made with razor blades. There, at last, sprayed painting marks are embellishing some coats, cigarette pants, skirts, stilettos or bags. It couldn't be more Punk! And what about the styling, mixing ultra feminine & elegant outfits with heavy low boots? Brilliant! With this AW2015 collection, the designer has truly succeeded in injecting his universe into the Balenciaga DNA & aesthetic (this is not innocent if almost every model was wearing a CB brooch). It's almost as if the daughters of the old Balenciaga customers had decided to wear their mothers' clothes, to adopt their haircuts while remaining completely true to themselves, by keeping their piercings and badass attitude.

En effet, il semblerait qu'Alexander Wang se soit sérieusement plongé dans les archives pour retourner aux sources de ce qui fait que l'oeuvre de Cristobal Balenciaga est encore aujourd'hui célébrée et citée en exemple. C'est exactement ce qu'il fallait pour que la maison reparte du bon pied et pour faire taire les détracteurs qui gloussaient à l'idée que Nicolas Ghesquière fût irremplaçable. En premier lieu, c'est un travail sur la forme que Wang entreprends en reprenant la silhouette type Balenciaga, la silhouette ovoïde avec ses formes arrondies rappelant un cocon rassurant. "L'effet œuf" est renforcé par des tailles très marquées, très ceinturées donnant une image de maintien et de discipline. Les matières utilisées ici sont nobles, souvent épaisses/lourdes (du tweed notamment), très couture et pour la plupart techniques comme Wang en a le secret! Dans son exploration des archives, Wang a voulu se rapprocher de ce que portaient et aimaient les clientes les plus fidèles de Cristobal Balenciaga. A son époque, le couturier habillait l'élite, des actrices aux aristocrates. Les grandes de ce monde ne juraient que par Balenciaga car lui seul, savait marier classicisme absolu et modernité. C'est exactement ce qu'Alexander Wang a cherché à faire avec cette collection: mélanger les codes Balenciaga (les formes épurées/radicales, les matières luxueuses, des silhouettes très Dame) avec une modernité assumée voire même un côté Punk qui envahissait déjà la collection éponyme de Wang à New York. Les couleurs sont sombres (tons de gris, noir, blanc & un peu de rouge) et les détails des vêtements ne sont clairement pas traditionnels. Ici, les coutures sont faites à l'aide d'agrafes. Là, les cols de manteaux, les détails des poches ou les dos des robes sont faits à partir de grosses ceintures en cuir. Ici encore, les parties glitter qu'on croirait réaliser en sequins sont en fait faites avec des lames de rasoir. Là pour finir, des traces de peintures faites à la bombe ornent des manteaux, des pantalons cigarette, des jupes, des escarpins ou des sacs. Plus punk que ça tu meurs! Et que dire, du styling qui mixe tenues ultra féminines avec de grosses boots. Avec cette collection, le designer a vraiment réussi à insuffler sa patte tout en restant fidèle à l'ADN et à l'esthétique Balenciaga (ce n'est pas pour rien si les mannequins portent pour la plupart des broches siglées CB). C'est un peu comme si les enfants des clientes de Cristobal avaient décidé de porter les vêtements de leurs mères, d'imiter leurs coiffures tout en conservant leurs personnalités, leurs piercings et leurs manières de bad bad girls. 


































In the 50s, Christian Dior used to say that Cristobal Balenciaga was "everybody's Master" adding that the couturier was completely "unsurpassable". Then the 2000s were marked by Nicolas Ghesquière's creative intensity and his inimitable touch (but copied so much!). What he managed to do with Balenciaga is something of a kind because he added appeal to it. It is quite obvious that the Balenciaga legacy is something heavy to bear and this is not a surprise if Alexander Wang needed some time to "swallow" it, digest it and appropriate it. With this AW2015 collection, it seems that the American genius who fascinates and captivates has succeeded in finding the perfect voice for such a honourable house. Now, we just have to wait to know if the future collections will be as well-balanced between Cristobal's memory and Alexander's spirit. No matter what will happen, this collection will remain in our minds & hearts as the one when he unleashed his creative freedom.

Dans les années 50, Christian Dior aimait à qualifier Cristobal Balenciaga comme "notre maître à tous" rappelant à qui voulait l'entendre que le couturier était indépassable. Puis les années 2000 furent marquées par l'intensité créatrice et la patte inimitable (et pourtant tellement copiée) de Nicolas Ghesquière. Ce qu'il a réussi à faire avec Balenciaga est un modèle du genre tant il a rendu désirable et adulée cette marque qui était un peu tombée dans l'oubli. L'héritage Balenciaga est donc quelque chose de lourd à porter et ce n'est pas étonnant si Alexander Wang a mis quelques saisons pour l'ingurgiter, le digérer et surtout se l'approprier. Avec cette collection A/H2015, il semblerait qu'il ait trouvé sa voix comme designer d'une si vénérable maison de couture, lui le génie new yorkais qui subjugue et fascine. Reste à savoir si les prochaines collections seront aussi bien équilibrées entre la mémoire de Cristobal et la fougue d'Alexander. Quoiqu'il en soit, cette collection restera dans les annales comme celle où le designer a vraiment laissé libre cours à sa liberté créatrice.



Catwalk Pictures via Dazed
Detail Pictures via Style.com



Words by Charles Margueritte



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