18/08/2015

NOT FASHION, VETEMENTS!

The last time we went to Paris and as we were in the Centre Pompidou district, we passed Le Dépôt, a hotspot for gay make where, a bit like in Vegas (or in the Fight Club), what happens in Le Dépôt remains in Le Dépôt. I did not really notice the big dark facade until Yann told me "Look, this is where Vêtements presented its latest collection!". A shock! When I had read the review of the collection, I had imagined a small place, hidden in a tiny and narrow grey dead-end where only a few cats knew what was happening here. No, no, no! The Vêtements show had taken place in a well established gay club next to a police station. I have to admit I was a bit disappointed even if I still found it cool that a collective of more or less anonymous designers (we only know that the "leader" of this group is named Demna Gvasalia and he & his crew are coming from Margiela) made Kanye West, Jared Leto and many others come in such a scandalous venue for what would become one of the Paris Fashion Week events! But, finally, this gap between what I had imagined and the reality defines quite well what is Vêtements. We could be tempted to imagine a penniless collective trying to make themselves known with well-orchestrated buzzes while they are already famous, sold on big websites such as MatchesFashion.com, in the editorials of the most prestigious Fashion magazines (LOVE Magazine, Dazed, I-D, Vogue...) and applying audacious prices (more than 1000€ for a pair of jeans, more than 600€ for an oversized hoodie...). But let's be serious, they are making clothes (Vêtements in French) not Fashion!

La dernière fois que nous sommes allés à Paris et alors que nous marchions du côté du Centre Pompidou, nous sommes passés devant Le Dépôt, haut lieu de la drague gay à Paris où, un peu à la manière de Las Vegas (ou du Fight Club), ce qui se passe au Dépôt reste au Dépôt. Je n'avais pas vraiment remarqué la grande devanture sombre jusqu'à ce que Yann me dise "Ah, regarde, c'est là où Vêtements a présenté sa dernière collection!". Et là, le choc! Lorsque j'avais lu le compte-rendu du défilé et vu quelques photos, je m'étais imaginé un tout petit endroit, caché dans une impasse étroite et grise où seuls quelques chats savaient vraiment ce qu'il s'y passait. Et bien non! Le show Vêtements avait eu lieu dans un club gay qui a pignon sur rue et qui se trouve juste à côté d'un commissariat de police! J'étais un peu déçu mais en même temps, je trouvais ça toujours cool qu'un collectif de designers plus ou moins anonymes (tout au plus sait on que le "leader" du collectif s'appelle Demna Gvasalia et qu'il vient, comme les autres, de Margiela) fassent venir Kanye West, Jared Leto et bien d'autres dans un endroit aussi sulfureux pour ce qui allait devenir l'un des événements de la Fashion Week Parisienne. Au final, ce fossé entre ce que je m'imaginais et ce qu'est la réalité définit assez bien Vêtements. On s'imagine un petit collectif désargenté qui essaie de se faire connaître en faisant le buzz alors qu'au final, le petit collectif est déjà grand, vendu sur pas mal de sites prestigieux de vente en ligne comme MatchesFashion.com, apparaissant dans les éditos des plus prestigieux magazines de mode (Vogue, LOVE, I-D, Dazed...) et pratiquant des prix qui prouvent qu'ils ont tout de grands (des jeans à + de 1000€, des sweats à capuche oversize à + de 600€...). Mais bon qu'on s'entende bien, ils ne font pas de la Mode mais des Vêtements, hein, faut pas déconner non plus!


However, before being a buzzing brand (competing for the LVMH this year) making all the brave fashionistas/fashionistos drool, Vêtements is a concept with very "Margielesque" ideals. As we have already said, they are anonymous and we know nothing about them. This is quite a tour de force in our era of the superstar designer "selfieing" all day long, at the beach, with a dog, a famous friend... How can you remain anonymous in this day and age? Even at Margiela, John Galliano (with a low profile, not as flamboyant as before) comes to bow at the end of the show. The people behind Vêtements don't want you to know who they are because they want the focus to be on the pieces they create. Even though the word "create" is perhaps too strong because they are "just" taking everyday pieces -from the most trivial ones (a policeman/fireman/security guard uniform, a pair of jeans, a down jacket, a tracksuit...) to the most sophisticated & classical ones (a trench-coat, a pea-coat, an evening dress...)- and deconstruct them, stretch them, open them, push them to the limits of what is wearable/beautiful/utilitarian/acceptable/ridiculous to extract the very substance, the core of the garment: a structure, a distinctive colour, a look, something that may seem weird but looks familiar. I wish I could have said something mean about this brand. Don't be mistaken, my goal is not to criticize what people love or burn beloved idols, I hope I'm clever than that. But on paper, the collective Vêtements acts as an Anti-Fashion brand while it is far from the reality: its two feet are firmly anchored into "the Fashion ground" (trust me, when you're wearing the Vêtements boots you can only be firmly anchored into the ground!). At the end of the day, I can't write something bad about them because, beyond the decorum, the mise en scène and the anonymous concept looking a bit déjà vu, what they are doing interests me. Vêtements is all about a look, an attitude and I LOVE clothes giving you an attitude. From now on, I'm trying to see beyond "wearability" and beyond my bias: no more "How would I look into this?". You're cool and glowing with a badass attitude? It's a win for me! And to be completely honest, I'd rather talk about such brands as Vêtements than writing about Ami or APC, two brands beyond boring (the mere fact of writing their names makes me yawn...).

Mais bon, avant d'être une marque qui buzze (qui était en compétition pour le Prix LVMH cette année) et qui fait saliver les fashionistas/fashionistos qui n'ont pas froid aux yeux, Vêtements c'est un concept qui n'a rien à envier aux idéaux "Margielesques". Ils sont anonymes (hormis Demna, le supposé leader, on ne sait rien d'eux) et rien que ça, c'est un tour de force à l'ère du designer superstar qui fait des selfies à la plage, les joues creuses et le regard dans le vide. Comment peut-on être anonyme à notre époque? Même chez Margiela maintenant il y a John Galliano (ok il la joue profil bas mais quand même) qui vient saluer à la fin. Les gens derrière Vêtements ne veulent pas qu'on sache qui ils sont, à quoi ils ressemblent et qui fait quoi car ils veulent que le focus soit sur les pièces qu'ils imaginent. Même si le terme "imaginer" est sans doute un peu fort car ce qu'ils font c'est reprendre les pièces du quotidien -des plus triviales (l'uniforme de policier, de pompier, d'agent de sécurité, le maillot et l'écharpe de supporter de foot, le jean, la doudoune, le survêtement...) aux plus sophistiquées & classiques (le trench-coat, le caban, la robe du soir...)- et les déconstruire, les étirer, les ouvrir, les pousser à la limite du portable/du beau/du pratique/de l'acceptable/du ridicule pour en extraire la substantifique moelle, le cœur du vêtement: une structure, une couleur caractéristique, une allure, quelque chose qui fait que même si ça semble bizarre, ça nous parle. J'aurais aimé pouvoir dire du mal de cette marque, pas dans le sens où j'ai envie de critiquer ce que les autres encensent ou de brûler des idoles mais juste parce qu'à la base je trouve que cette marque se la joue très anti-mode alors qu'elle a les deux pieds dedans (et croyez-moi quand on a les deux pieds dedans avec les boots Vêtements, on ne risque pas de s'envoler). Mais au final, je ne peux pas écrire en mal sur eux parce que ce qu'ils font m'intéresse au delà même de la mise en scène et du concept anonyme qui sent le déjà vu. Vêtements c'est une dégaine, une attitude et moi j'aime les vêtements qui donne une attitude. J'essaie désormais de ne plus voir seulement qu'en termes de portabilité ou de "à quoi je pourrais bien ressembler si je mettais ça?". A partir du moment où quelque chose d'infiniment cool et dégaine émane de toi c'est gagné pour moi. Et puis je préfère qu'on se gargarise sur des marques comme Vêtements que sur Ami ou APC qui sont pour moi d'un ennui abyssal (rien que d'écrire le nom de ces marques je baille...).










The goal of Vêtements is not setting trends or surfing on Fashion. The brand's aim is to celebrate the individual, all the individuals, from the security guard to the lady going out in the evening wearing a long dress and her jewellery. If you take a closer look at the Autumn Winter 2015/16 collection, you'll see that all the profiles are here. The sexy girl wearing a pink fluffy jumper and thigh boots. The dark/goth girl wearing a leather jacket & a hoodie, in black of course! And the biker. The country music fan with his/her long coat with maxi maxi fringes. The preppy girl with her striped shirt and shoulder bag. The romantic girl with her light liberty dress. The nerd and his striped turtleneck. The businesswoman and her suit. And so on and so forth... I can already hear you telling me that this collection is an amalgam of clichés. Ok but if it looks cliché so Life itself is a cliché. As far as I'm concerned, this Vêtements collection is celebrating the people you can see walking in the streets, the common people. Here, it's not about showing beautiful & perfect persons. We are here to see ourselves even though the clothes are caricatures of clothes with exaggerated lines.

La démarche de Vêtements n'est pas de lancer des modes ou de surfer sur les tendances. La marque veut célébrer l'individu et tous les individus, du vigile à la femme qui sort le soir avec robe & bijoux. Si on regarde leur collection Automne Hiver 2015/16 de plus près, on remarque ainsi que tous les profils sont représentés. La fille sexy qui porte un pull rose et des cuissardes. La fille dark/goth qui porte un cuir & un sweat à capuche, le tout en noir évidemment! Et puis le motard/la motarde. La fan de country avec son imper à maxi franges. La fille chic avec chemise à rayures et petit sac en bandoulière. La fille romantique et sa robe légère à fleurs. Le nerd avec son col roulé à rayures. La businesswoman et son tailleur. Alors, oui vous pourriez me dire que ça semble cliché tout ça et moi je vous répondrais que si ça fait cliché alors la vie est elle-même un cliché. Cette collection Vêtements, j'aime la voir comme une célébration des gens de la rue, du commun des mortels. On n'est pas là pour voir des gens beaux, des gens parfaits. On n'est là pour se voir nous-mêmes et ce, même si leurs vêtements sont en quelque sorte des caricatures de vêtements aux traits exagérés.  





Backstage pictures by Lea Colombo for Dazed



Words by Charles Margueritte



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