02/09/2015

DILEMMA

Yohji Yamamoto is a man of few words. He is part of this generation who'd rather make itself understand through its creations than via complicated sentences that would try to give a meaning to his Fashion. In one of his rare interviews to LOVE Magazine, the Japanese designer advices us to "shut the computer because if [we]'re engaging through a computer [we]'re not really looking at the world, [we]'re just passing by it". I would be tempted to agree with him and I'm the first to think people are insane when they are all holding their phones at a concert or at the end of a fashion show instead of applauding & admiring. It's totally beyond me! At the same time, the first thing I'm doing every morning is checking my phone and our Instagram account. This is the ambivalence of our modern world. Instead of looking at Mona Lisa, people are filming her, photographing her, "instagramming" her, they are taking selfies with her, twitting her, they are not seeing her. But we, pompously going by this name of "Fashion Bloggers", how are we supposed to do? We, who are not invited to the major Fashion events but who are literally dying for Fashion, for writing & talking about it, how can we do if our only window to this wonderful world is our computers, our phones, our tablets?

Yohji Yamamoto est un homme de peu de mots. Il fait partie de cette génération qui préfère se faire comprendre grâce à ses créations plutôt que par des phrases alambiquées qui tenteraient de donner un sens à la mode. Dans une de ses rares interviews à LOVE Magazine, le designer japonais nous conseille "d'éteindre [notre] ordinateur parce que si [notre] seule implication envers le monde qui [nous] entoure se fait par écrans interposés alors [on] ne le regarde pas, [on] passe à côté". Je serais assez tenté de le rejoindre et je suis le premier à ne pas comprendre les gens qui à un concert ou à un défilé de mode filment avec leurs téléphones au lieu d'applaudir et d'admirer. Ça me dépasse complètement. En même temps, la première chose que je fais le matin en ouvrant les yeux c'est de vérifier mon téléphone et notre compte Instagram. C'est là toute l'ambivalence de notre monde actuel. Au lieu de regarder La Joconde, on la filme, la photographie, "l'instagramme", on se "perchàselfise" avec, on la tweete, on ne la voit plus. Mais nous tous qui nous qualifions pompeusement de "Blogueurs Mode" comment doit-on faire? Nous qui ne sommes pas invités aux défilés mais qui crevons d'envie de parler, d'écrire, de disserter sur la mode comment doit-on faire si notre seule fenêtre vers ce monde "merveilleux" se trouve sur nos ordinateurs, nos tablettes, nos téléphones?


The Internet is a double-edged sword. It is an incredible space to share with the whole world but at the same time, it is a hard drug that can quickly turn into an obsession. Sometimes, I wish I could be able to turn off my computer/my phone and just Carpe Diem without caring about the number of likes our latest picture will get on Instagram. Sometimes, I feel like a prisoner of all these screens surrounding us but at the same time, I'm feeling quite good into this addiction and this need to know everything about Fashion, collections, magazines, models... This is a huge need I have to satisfy even though sometimes it can be scary and exhausting, I'm dealing with it and carry on because I absolutely love what I'm doing for our Blog. Without the Internet how could We Are Ready Made have existed? How could we have shared with people from all over the world,our thoughts, our obsessions, our rants? Of course, Yann & I could have kept this passion secret, religiously collecting fashion magazines and savouring the creations of all our favourite designers. But, you can't imagine how gratifying it is to share with you all, to get your comments, your likes. Even if being a fashion blogger is mostly a question of ego (or at least, to be a fashion blogger you should be comfortable with your ego), here this is just a need to share and to tell you all what is going on in our heads when we see Fashion. I think we are doing well to be honest compared to some bloggers sentenced to numerous daily selfies (Ok, you're fit & tanned so were you yesterday and will be tomorrow...) or to pornfood pictures (Wow! A burger! OMG! French fries!). These persons are much more infected than us. Perhaps all this circus is the key to get more followers but for the moment, we still have a life IRL and a job too (even though our jobs are related to Fashion). This must be the cure for an ego overdose.

Internet est à double tranchant. C'est un endroit formidable pour partager avec le monde entier mais c'est aussi une drogue dure qui peut vite tourner à l'obsession. J'aimerais parfois éteindre mon ordinateur et mon téléphone et profiter de l'instant présent sans avoir à me soucier du nombre de likes que notre dernière photo sur Instagram va recueillir. Parfois, je me sens prisonnier de tous ces écrans qui m'entourent et en même temps, je me sens bien dans cette dépendance et dans ce besoin de toujours être au courant de tout, de la dernière couverture de magazine, de la dernière collab en date ou bien encore du dernier mannequin à la mode. C'est un besoin énorme qu'il me faut satisfaire et même si ça me fait parfois peur et même si parfois c'est épuisant, je fais avec et me dis que c'est sans doute pour ça que je fais ce que je fais jour après jour sur ce blog. Parce que sans Internet comment aurait-on pu créer We Are Ready Made? Comment aurait-on pu partager avec des gens des quatre coins du monde, nos obsessions, nos coups de cœur, nos coups de gueule aussi? Alors oui, effectivement, Yann et moi, nous aurions pu juste garder cette passion pour nous en collectionnant religieusement les magazines et en savourant dans notre coin sans faire de bruit les créations de nos designers préférés. Mais c'est un sentiment tellement gratifiant de partager avec vous tous, d'avoir vos commentaires, vos likes. Ici, ce n'est même pas une question d'ego même si l'ego joue un rôle considérable quand on est un blogueur (ou tout du moins, il ne faut pas avoir de problème avec son ego lorsque l'on est un blogueur). C'est juste un besoin de partager, une envie de vous dire tout haut ce qu'il se passe dans nos têtes quand on voit de la mode. Et encore je trouve qu'on s'en sort bien par rapport à d'autres, prisonniers des selfies quotidiens (Ok tu es musclé, tu es bronzé mais tu l'étais aussi hier et tu le seras sûrement encore demain...) ou des photos "pornfood" (Super un burger! Wow des frites!). Ces personnes sont encore plus atteintes que moi, que nous. C'est peut-être la clé pour avoir plus d'abonnés mais nous avons encore une vie IRL et un travail aussi (même si celui-ci est en rapport avec la mode). C'est ce qui doit nous sauver d'une certaine manière, de l'overdose et du trop plein d'ego. 

GIFS via TUMBLR
We no longer look at the world surrounding us because we are all way too busy looking at ourselves. On Instagram, people, in a way, do not want to share the things they love, they want to know if the things they love will also be loved by others, if they will approve of their tastes, their choices. I think the most important thing is to find the perfect balance between a blogger's life clung onto our screens and a life made of trivial things, of simple pleasures, seeing friends, dinners at a restaurant where we would deliberately forget about taking a picture of our meal, things like this. This balance is so fragile and precarious. If we post nothing on our blog or on Instagram three days in a row just because we need some time to rest or simply because we are too busy, our number of followers decreases and visits are mediocre. This is our dilemma and a huge challenge! Out of water, the mill stops to turn. Without new clothes to feature, without new pictures, without new articles, all the things Yann & I have built on this blog could disappear without leaving any trace. So Mr Yamamoto, how can we do? How can we reconcile this vital need to see people, to make simple things, to breathe, to take some time for ourselves or to do nothing at all and this irrepressible desire to use our computer or our phones to share, write, talk and to keep this flame alive? If you have the solution, I'm interested.

On ne regarde plus le monde parce qu'on est trop occupés à se regarder soi-même. Sur Instagram, on ne cherche pas à partager ce qu'on aime, on cherche surtout à savoir si les gens vont aimer les mêmes choses que nous et s'ils vont, en quelque sorte, approuver nos choix, nos goûts. Le tout c'est de trouver le bon équilibre entre une vie de blogueur accroché à ses écrans comme un coquillage à son rocher et une vie faite de choses banales, de verres entre amis, de dîners où l'on oubliera sciemment de prendre une photo de ce que l'on mange. Mais cet équilibre est fragile et plus qu'instable. Quelques jours sans photos sur Instagram ou sans articles sur notre blog et le nombre d'abonnés chute & la fréquentation s'en ressent. C'est là tout le dilemme et toute la difficulté. Sans eau, le moulin cesse de tourner. Sans nouveaux vêtements, sans nouvelles photos, sans nouveaux articles, tout ce qu'on a mis du temps à construire Yann & moi, peut disparaître sans laisser de traces. Alors Cher Mr Yamamoto, comment doit-on faire? Comment concilier ce besoin vital de voir le monde, d'assister aux petites choses qui font le quotidien, de respirer, de prendre du temps pour nous ou pour juste ne rien faire et cette envie irrépressible d'être sur son ordinateur ou son téléphone pour parler au monde entier, pour partager avec lui, pour lui raconter des choses qui nous tiennent à cœur, pour entretenir cette flamme? Si vous avez la solution, je suis preneur.


Words by Charles Margueritte



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