01/10/2015

LE NEZ ROUGE

Not coming from a fashion school hasn't stopped Simon Porte Jaquemus from making fashion. This is something he has inside him since his early childhood. For us, he is a kind of enfant terrible de la Mode, a designer that has put so much coolness and freshness into the Paris Fashion Week. His unique character even caught the attention of the industry and especially of Rei Kawakubo (the legendary, iconic founder of Comme des Garçons) who helped him start his business. Jacquemus is a storyteller influenced by his family, his friends, his background and most of all, his South of France that lies at the heart of his collections. Until now, his fashion was fun, fresh, inventive, playful; the best reflection of his mood of the moment and at the same time, it was filled with memories and a nostalgia of the good old childhood days, this period of life when everything seems light and easy. This Spring Summer 2016 collection is definitely a turning point, as he said backstage to Dazed "[...] the Jacquemus girl is not smiling" and behind some mysterious words ("without spelling out what had happened [...] my friends, my family knows") he wants to express what he faced in the past months (an illness leaving him with a red nose hence the name of the collection Le Nez Rouge) and what he is experiencing right now (this aspect is very important, there's no nostalgia here and no look backward). Once again, the collection is something very personal and about the fears of a young designer who is caught in the implacable circle of Fashion, the fear to present less memorable collections, the fear to stop being on everyone's lips and the struggle to create this collection that can be compared to a weird & dreamy trip.

Ne pas faire d'études de mode n'a pas empêché Simon Porte Jacquemus de faire de la mode. C'est quelque chose qu'il a en lui depuis sa plus tendre enfance. Pour nous, c'est une sorte d'enfant terrible de la Mode, un designer qui a insufflé un esprit cool et frais sur la Fashion Week de Paris. Sa personnalité unique a même tapé dans l’œil de l'industrie toute entière et surtout de Rei Kawakubo (la légendaire et iconique fondatrice de Comme des Garçons) qui l'a aidé à démarrer son business. Jacquemus est un conteur qui s'inspire de sa famille, de ses ami(e)s, de ses racines et par-dessus tout de son Sud natal qui semble toujours être au cœur de ses collections. Jusqu'alors, sa mode était fun, fraîche, inventive, ludique; le meilleur reflet de son état d'esprit et en même temps, elle était emplie de souvenirs et d'une nostalgie des jours d'enfance heureux, ce moment dans la vie où tout semble simple et léger. Cette collection Printemps Eté 2016 marque définitivement un tournant et c'est confirmé par ce qu'il a déclaré à Dazed en coulisses "[...] la fille Jacquemus ne sourit plus" en ajoutant des paroles plus mystérieuses ("sans en dire plus sur ce qu'il s'est passé [...] mes amis et ma famille savent") il veut exprimer ce qu'il a dû affronter durant les derniers mois (une maladie qui l'a laissé avec un nez rouge d'où le nom de sa collection) et ce qu'il affronte maintenant (cet aspect est très important car ici, il n'y a plus de regard en arrière, plus de nostalgie). Une fois encore, cette collection est très personnelle et parle des peurs d'un jeune designer qui serait pris au piège dans le cycle implacable de la mode, qui présenterait des collections moins mémorables, qui ne serait plus celui dont tout le monde parle. Mais cette collection parle surtout du combat quotidien d'un nouveau créateur qui pourrait être comparé à un voyage étrange, à la limite du cauchemar.

Pic by Virginie Khateeb for Dazed
Of course, the setting and the mise-en-scène are reflecting this moody state of mind. We are at the same time in a dream and in a very odd experience full of metaphors reflecting Jacquemus's present state of mind. It starts with a young boy (the designer's cousin) clad in a white shirt (the designer's uniform) that is too big for him and pushing a large large red ball symbolizing both the red nose (the sickness) and the burden of a young designer that has to deal with too many things. We think it's hard for Jacquemus to grow up. If you sometimes visit his Instagram accounts, you will find a lot of pictures related to childhood (his own childhood or his cousins'). Jacquemus is a kid trapped into a sturdy adult body. It's even clearer if you take into account his Autumn Winter 2015/16 collection inspired by children's drawings where the models walked barefoot because when you're a kid, you just love being barefoot! The extended metaphor goes on with the same boy wearing a "larger than life" red tie making him stumble and fall standing for the adult life making you suffocate and holding you firmly like a mental prison. You cannot escape it! This surreal experience even goes further when mid-show Jacquemus himself barefoot crosses his circle catwalk (looking like a sad circus track) with a white horse. Perhaps a way to tell us that he is still free? Or a peaceful break into a gloomy dream? Or even simpler a kid's need to have with him what he deeply loves to face a hard time? It is surely all about that and even more.

Bien sûr, le décor et la mise en scène reflètent cet état d'esprit perturbé. On est en même temps dans un rêve et dans une expérience dérangeante pleine de métaphores qui traduisent l'état d'esprit de Jacquemus. Ça commence par un jeune garçon (le cousin du designer) habillé d'une chemise blanche (l'uniforme du designer) trop grande pour lui et qui pousse une très grosse balle rouge symbolisant à la fois le nez rouge (la maladie) et le fardeau d'un jeune créateur qui doit gérer beaucoup de choses. On pense que pour Jacquemus c'est dur de grandir. Si vous visitez quelquefois ses comptes Instagram, vous trouverez de nombreuses photos liées à l'enfance (la sienne ou celle de ses cousins). Jacquemus c'est un enfant coincé dans le corps robuste d'un adulte. C'est encore plus clair si vous regardez sa collection Automne Hiver 2015/16 inspirée par les dessins d'enfant où les mannequins marchaient pieds nus parce que lorsque l'on est un enfant, on adore marcher pieds nus! Sa métaphore filée continue avec ce même petit garçon portant une cravate géante qui le fait trébucher et tomber, symbolisant la vie adulte qui vous étouffe et vous tient fermement telle une prison mentale. On ne peut pas y échapper! Cette expérience surréaliste va même encore plus loin lorsque à la moitié du show, Jacquemus lui-même traverse la piste circulaire (qui ressemble à une piste de cirque triste) pieds nus avec un cheval blanc. Peut-être qu'il essaye de nous dire qu'il est toujours libre? Ou est-ce une pause paisible dans un rêve glauque? Ou plus simplement c'est peut-être le besoin d'un enfant d'avoir avec lui ce qu'il aime le plus pour affronter une épreuve? C'est sûrement tout ça à la fois et plus encore.



Pictures via Nowfashion
The clothes, too, seem to escape from a dream. In a colour palette dear to the designer (red, white, blue and some touches of grey), they are deconstructed, weirdly assembled, broken and then mended. A broken tailoring composed of jackets that are cut to create one shoulder dresses or wrap dresses, of trench coats turned into dresses, of white shirts strangely twisted &  knotted on some parts of the body (for a powerful effect reminding us of some tumours growing out - perhaps we're going too far) or turned into new shapes, very asymmetric, one shoulder tops made out of silky and shiny linings. Nothing is what it seems. The clothes may look simple but they aren't at all. The jackets are sometimes tied in a weird way with thin white ties reminding us of straitjackets or are worn inside out to add to this crazy vibe. So are the tops with no sleeves that, once again, give us this feeling of imprisonment. The SS16 Jacquemus girl is trapped into her clothes but she seems to like it. There is a feeling of helplessness coming from this collection and a desperate try to be what you want/need to be compared to what the society wants you to be: white shirts (the basis of this collection and the symbol of adulthood) are worn with half pinstripe skirts beautifully draped or surreal appliqués are put on some jackets to symbolize freedom. The final dresses are also important to get the whole vibe of this collection. Simple (but complex) balls of clothes worn as bustier dresses and standing for the innocence of youth (the white colour) and at the same time, for the burden of society, the heavy weight each and every one has to carry day after day.

Les vêtements également semblent tout droit échappés d'un rêve. Dans une palette de couleurs chère au créateur (rouge, blanc, bleu et quelques touche de gris), ils sont déconstruits, assemblés étrangement, cassés puis réparés. Un tailoring brisé composé de vestes qui sont coupées pour créer des robes portefeuilles ou des robes avec une seule épaule, de trenchs qui deviennent des robes, des chemises blanches étrangement tordues et nouées sur certaines parties du corps (pour un effet puissant qui nous fait penser à des tumeurs poussant ça et là - peut-être va-t-on trop loin) ou qui prennent de nouvelles formes, très asymétriques, ou encore des tops faits à partir d'une doublure soyeuse et brillante. Rien n'est ce qu'il semble être. Les vêtements peuvent sembler simples, ils ne le sont pas du tout. Parfois, les vestes sont nouées d'une façon étrange avec de fins liens blancs qui nous font penser à des camisoles ou sont portées à l'envers (le devant derrière) pour amplifier le côté fou. Tout comme sont les tops sans manches qui nous donnent une impression d'emprisonnement, d'enfermement. La fille Jacquemus de l'été prochain est prise au piège dans ses vêtements mais elle a l'air d'aimer ça. Un sentiment d'impuissance émane de cette collection ainsi qu'un besoin désespéré d'être ce qu'on veut/ce qu'on a besoin d'être face à ce que la société veut que l'on soit: des chemises blanches (la base de cette collection et le symbole de la vie adulte) sont portées avec des moitiés de jupes à rayures magnifiquement drapées ou des appliqués irréels sont cousus sur les vestes pour symboliser la liberté. Les dernières robes sont aussi primordiales pour capturer l'essence de cette collection. De simples (mais complexes) boules de vêtements portées comme des robes bustiers symbolisant l'innocence de la jeunesse (la couleur blanche) et en même temps, le poids de la société, ce poids lourd que l'on doit tous porter jour près jour.











Pictures by Virginie Khateeb for Dazed
There is a Japanese proverb dear to Rei Kawakubo (you can feel her influence into this collection) saying that "something broken is more beautiful" and we think it can be completely used to describe this Jacquemus collection. From chaos to tailoring, the young and talented French designer has succeeded in injecting a lot of soul, emotion and personal things into this collection. Perhaps, the delivery has been difficult and hard to deal with but the result is deeply moving and weirdly beautiful. That's not a mystery, the boldest and most beautiful things are always created out of sadness, despair and drama.

Il y a une proverbe japonais cher à Rei Kawakubo (dont on peut sentir l'influence dans cette collection) qui dit que "quelque chose qui est cassé en devient plus beau". On peut complètement l'utiliser pour décrire cette collection Jacquemus. Du chaos au tailoring, le jeune et talentueux français a réussi à injecter beaucoup d'âme, d'émotion et d'histoires personnelles dans cette collection. Peut-être que l'accouchement a été difficile et dur à gérer mais le résultat est profondément émouvant et étrangement beau. Ce n'est pas un mystère, la tristesse, le désespoir et le drame sont toujours la base des choses les plus belles et les plus audacieuses.


Words by Yann Sackville West & Charles Margueritte




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